Entropîle
Manifestation artistique temporaire sous forme d’exposition, d’actions et d’installations,
promue par l’association de plasticiens
« Sans titre ».
Présentation du projet :
Concept : Approche artistique et collective de l’entropie[1] d’une île, donc Entropîle, à travers des formes plastiques et visuelles d’expression.
Définition et relations au contexte : L’entropîle est à prendre ici au sens de passage et de transformation irréversible. Dans ce projet, des artistes martiniquais ou vivants en Martinique prennent position à leur façon, par rapport à ce phénomène qui concerne l’île de la Martinique comme univers propre, organisme global, isola, passant, évoluant d’un état à un autre, en perdant au passage nombre de ses caractéristiques anciennes ou tout au moins leur ordonnance, par hésitation et par pression entre le local et le global, entre l’identitaire et la mondialisation, à travers une transformation accrue aux niveaux de l’environnement naturel, de la société et de ses différentes composantes. Cette Entropîle fourmille d’apparences, de traits saillants et visuels qui provoquent les démarches de ces artistes, dans leurs dimensions plastiques, littéraires, sociologiques, ethnologiques, écologiques, etc.
Formes d’intervention : Quatorze artistes, membres de l’association « Sans titre » avec le concours d’artistes invités, seraient mobilisés par le projet. Leurs productions seraient en 2 dimensions (des peintures, des collages, des photos, etc.) soit en 3 dimensions (des sculptures, des assemblages, des installations, etc.). D’autre part, des actions seront menées lors de cette manifestation : comme des bouteilles à la mer, un lancer de bateaux-radeaux aura lieu à partir du littoral pour envoyer vers le continent le plus proche des messages artistiques flottants et dérivants. Un défilé de mode insolite est aussi prévu ; d’autres actions sont en projet.
Dates et localisation de la manifestation : Cette manifestation aura lieu du 12 au 19 Octobre, à la salle paroissiale du Marin. Le vernissage se tiendra le 13/10 à 19h..
Exposition itinérante. : lancer de radeaux sculptures
Nombre : 4 radeaux- sculptures.
Dimensions : 1 m de long, 0,60 m de large, 0,60 m de tirant d’eau, volume inférieur à un mètre cube, lesté de 20 kg.
Poids : 40 kg.
Matériaux : sculptures flottantes faites en polystyrène extrudé.
Remarque : matériaux légers et non agressifs en cas de collision avec une autre embarcation, donc risques mineurs de dommages à un tiers. Dommages mineurs pour l’environnement marin et littoral en cas de naufrage et d’échouage. Ceci bien que le naufrage soit exclu à priori, puisque les matériaux utilisés assurent l’insubmersibilité aux sculptures.
Signalisation : installée au sommet des sculptures, elle sera constituée par un réflecteur radar, soit un polyèdre constitué par des plaques sécantes métalliques et par un feu de route tricolore (blanc, rouge et vert) soit une lampe solaire (se rechargeant pendant le jour, éclairant pendant la nuit), l’ensemble correspondant aux normes internationales. Enfin, la structure de la sculpture sera de jour, visible de loin sous tous les points de vue, repérable par ses formes et ses couleurs.
Navigation : les alizés donneront aux sculptures une route aléatoire vers l’Amérique centrale, avec une certaine latitude due aux changements de direction des vents dominants et à la dérive, quant à la destination finale.
Nature : Il s’agit de sculptures flottantes d’un volume inférieur à un mètre cube, aux formes et aux couleurs inhabituelles et non de bateaux pouvant passer pour des dinghies ou des radeaux de survie. En effet, l’aspect général, la taille, les formes sculptées et les couleurs utilisées ne laisseront aucun doute aux usagers de la mer. L’ensemble du radeau-sculpture est à considérer comme un objet d’art flottant tout autant qu’en tant qu’exposition artistique itinérante.
Finalités : artistiques et expérimentales. Ces mini expositions flottantes sont destinées à traverser la mer des Caraïbes et à atteindre les côtes d’Amérique Centrale. Les destinataires en disposeront alors et pourront : soit les détruire, soit les conserver entièrement ou pour partie, soit les céder à une institution publique ou privée ( musée, collectionneur, administration ...). Dans la meilleure des perspectives, il est souhaité que le(s) destinataire(s) prenne(nt) le relais et fasse(nt) traverser l’isthme aux sculptures, puis les remette(nt) à l’eau sur l’autre rive afin qu’elles poursuivent leur route vers d’autres latitudes dans le Pacifique. La demande minimale sera d’écrire à l’expéditeur pour « accuser réception de l’exposition itinérante » et l’informer éventuellement du choix adopté. Les personnes relais peuvent ajouter aussi des textes et des reproductions d’œuvres. Ils peuvent modifier l’aspect les coques et des voiles. Ainsi le radeau évoluera-t-il au gré des rencontres et des escales.
Aussi, non seulement la navigation, la destinée de ces radeaux sont aléatoires mais aussi la communication attendue. Le futur est ouvert comme l’œuvre selon Umberto Ecco. C’est ce qui confère à cette expérience une dimension poétique, homérique, jointe à celles de l’aventure artistique.
Symbolique et significations : le radeau-sculpture et la bouteille à la mer sont bien sûr les métaphores de l’aventure de l’art, de son coté éphémère et improbable, vulnérable. Mais il y a plus : le radeau-sculpture quitte ses créateurs et vit son destin, donc il acquiert son autonomie entière, rejoignant là, la principale revendication de l’art moderne. En route vers son destin sans possibilité de retour en arrière, il participe à l’entropie, d’autant qu’il transporte des textes et des reproductions d’œuvres traduisant ce passage irrémédiable et irréversible dans leur langage sensible propre. Voilà le moment de rappeler le concept central de ce projet, celui d’Entropîle : L’entropie de l’île devient œuvre.
Nature des textes : les textes « embarqués » seront ceux de la créolité, de la diversalité, de l’antillanité, (Saint-John Perse, Confiant, Hector Poullet...) et ceux des visiteurs de l’exposition.
Nature des reproductions d’œuvres : les reproductions d’œuvres embarquées seront celles des membres de l’association Sans titre plus celles des plasticiens martiniquais qui voudront bien participer au projet ou autoriser l’association à utiliser des reproductions d’œuvres déjà produites.
Lancement des radeaux-sculptures : ils seront lancés avec autorisation des affaires maritimes et autorités concernées lors du vernissage de l’exposition de l’association Sans titre qui doit se tenir au Marin au mois d’Octobre 1998, le 13 à 19 h.. Ils seront convoyés jusqu'à la sortie de la baie du Marin d’où ils seront largués vers la haute mer.
Pour la présidente de l’association,
Le secrétaire
[1]L’entropie est une fonction thermodynamique qui définit l’état de désordre d’un système, croissante lorsque celui-ci évolue vers un autre état de désordre accru. Or l’entropie augmente lors d’une transformation irréversible. On peut distinguer la nèguentropie ou entropie négative, de l’isentropie ou entropie constante.


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