Alain G. Leduc: Roger Vailland (1907-1965), un homme encombrant, éd. L’Harmattan, Paris, 2008.
Alain (Georges) Leduc a écrit : Roger Vailland (1907-1965), un homme encombrant, comme une relecture. Ce livre est plus qu’une biographie, tant son auteur semble habité par la volonté de réhabiliter Roger Vailland. Volonté de voir au-delà de la perception de la plupart des contemporains, dans leurs sentiments souvent ambivalents sinon critiques à l’égard de Vailland. L’implication de l’auteur devient un engagement au service de la défense post mortem de Vailland, à l’égard des surréalistes vis-à-vis desquels Leduc administre des salves de corrections morales et verbales à l’encontre d’André Breton et de Louis Aragon lors du fameux procès inquisitorial du 11 mars 1929 au cours duquel Roger Vailland, Roger Gilbert Lecomte et d’autres membres du groupe Grand Jeu furent exécutés verbalement sans sommations. Leduc insiste sur la haine de Breton qui devait poursuivre Vailland jusqu’à la fin, Breton n’hésitant pas à qualifier Vailland de « Faussaire » après la guerre, bien que Vailland se soit montré plus réellement résistant que Breton. De la même façon, Leduc s’attarde à décrire la vindicte d’Aragon qui poursuivra Vailland de manière pathologique, bien que Vailland ait rallié le PCF après guerre en ayant été dès 1942 un compagnon de route indiscutable du parti des fusillés. Encombrant Vailland qui dénonce les purges, soutient Nizan contre les staliniens, soutient les insurgés de Budapest en 1956, après quoi il se « dégage » du Parti. Toutefois, l’engagement de Leduc ne va pas jusqu’à l’aveuglement, jusqu’au culte inconditionnel de la personnalité de Vailland, au contraire, Leduc en souligne les zones d’ombre. Ainsi, Vailland semble proche pendant l’avant guerre et même pendant la guerre de Drieu La Rochelle et de Robert Brasillach, bien que déjà compagnon de route du PCF. Vailland ne va-t-il pas jusqu’à inciter Brasillach à se sauver peu de temps avant la Libération lors d’une rencontre fortuite ? Pourtant Vailland a écrit très tôt des essais et des articles contre le fascisme, notamment Rome contre Carmen en 1929 et Le droit de vivre en 1936. Leduc multiplie les coups de projecteur pour éclairer ces zones d’ombre à la lueur des « temps troublés », pendant lesquels Vailland va souvent risquer sa vie, tout en restant une personnalité complexe, inclassable. La défense de Vailland par Leduc atteint son but quant à la dimension littéraire de l’œuvre de Vailland, dont il tente de démontrer la valeur intrinsèque bien que nombre de ses œuvres oscillent entre l’abjection et le sublime, entre le réalisme au scalpel et le lyrisme de l’hédonisme, entre l’érotisme le plus brutal et la solidarité humaine la plus affranchie des compromissions du temps. Leduc poursuit sa défense de Vailland pour en démontrer l’engagement ultime aux côtés du FLN, cohérence tiers-mondiste de l’écrivain qui publie La truite en même temps, à quelques mois de sa mort, chapeau bas.


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